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Aignan (01/04/2018 - tarde) : complexité et courage...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Jean Luc Couturier a entrepris de redonner leur lustre d’antan aux deux fers mythiques que sont, pour les aficionados toristas, Concha y Sierra et Curé de Valverde. Il a  pu mesurer ce dimanche le chemin parcouru et celui qui lui reste à parcourir.

Les six toros (trois de chaque fer) qu’il a sélectionnés pour la corrida d’Aignan étaient tous remarquablement présentés avec des armures qui inspirent le respect vis-à-vis des professionnels qui se mettent devant. Grâce à des piqueros qui avaient décidé de jouer le jeu, tous ont fourni, bien que mansos, des peleas « à émotion » au premier tiers. Malheureusement par manque de force pour les Concha y Sierra et de fond pour les Valverde, ils se sont tous rapidement éteints au troisième tiers tout en étant dangereux pour les toreros. Il a manqué du fond et un peu d’étincelles aux toros pour que cette course dont on retiendra la présentation et le respect du à des toreros qui ont pris des risques devienne une corrida qui marque par l’émotion qui se dégage de la lidia de toros encastés.
Face à eux, la terna s’est arrimée avec courage mais le bétail ne permettait que des faenas courtes. Les bonnes épées de Chacon et Vanegas après deux faenas courageuses leur ont permis de couper une oreille. Pepe Moral, le moins bien servi au sorteo, est passé sans peine ni gloire.

Octavio Chacon reçoit avec efficacité le beau colorado (Concha y Sierra) qui ouvre l’après-midi. Très bien en suerte, le toro prend trois piques partant de plus en plus loin mais sans pousser au contact du fer. A la muleta, il a une charge courte et se défend plus qu’il n’attaque. Avec sens de la lidia et courage, Chacon va l’obliger sur la corne droite jusqu’à construire une très bonne troisième série de derechazos. Par la suite, le toro se réserve de plus en plus et le torero doit arracher les derniers muletazos d’une faena essentiellement droitière. L’estocade bien qu’entière est longue à faire effet. Octavio Chacon est appelé à saluer après l’arrastre.

Le second Concha y Sierra, lui aussi splendide, prend trois piques. Bien mis en suerte, mais piqué trop en arrière, il pousse à la première et à la dernière. Pepe Moral le brinde au public. Le bicho a une charge très violente. Le sévillan n’est pas un torero « bagarreur ». Il arrache quelques muletazos valeureux mais ne pèse pas sur un adversaire compliqué et complexe. Il est lui aussi invité à saluer après une entière et deux descabellos

Le médecin avait prescrit trois semaines d’arrêt à Manolo Vanegas après sa blessure lors d’un tentadero. Les toreros n’ont pas la même notion du temps que nous puisqu’une semaine après il a défilé au paseo à Aignan. Le troisième Concha y Sierra, âgé de six ans, prend trois piques partant de loin, ne poussant qu’à la première et sortant seul de la dernière. Le toro part de loin, mais est manso et même dangereux. Avec courage, et la maturité d’un torero qui a dix ans d’alternative, le vénézuélien arrache des séries courtes à droite où la vaillance du torero le dispute à la dangerosité du toro. Ce n’est pas une grande faena, mais il y a une vraie émotion en piste. Manolo coupe une oreille après une entière engagée et efficace. 

Après les Concha y Sierra, c’est au tour des Curé de Valverde d’entrer en scène. Le quatrième très bien présenté avec des cornes à donner des cauchemars à un torero, sera le plus intéressant au cheval. Bien mis en suerte, il est supérieurement piqué par Juan Melgar Jimenez. Le toro est plus puissant que brave car il est long à démarrer ce qui conduira Chacon à le rapprocher à la troisième pique alors qu’il l’avait placé en fond de piste à la seconde. Mettant la puya au bon endroit et contenant la charge d’un toro très fort et prenant systématiquement le cheval sous la jambe avant, Melgar ne pourra pas éviter une chute spectaculaire au second puyazo. Il quitte le ruedo sous l’ovation et sera invité par son maestro à saluer quand il fera sa vuelta. Au troisième tiers, le Valverde a une charge brusque et violente. Il chute dès lors qu’il se retourne brusquement sur un muletazo et a surtout tendance à chercher l’homme ou du moins à ne pas pardonner la moindre erreur de placement. Rapidement le toro devient tardo, raccourcit et ralentit sa charge. La faena va rapidement à menos malgré l’envie du torero de montrer son courage. L’estocade, un peu basse, mais efficace permet au torero de couper un trophée.

Le cinquième sera le malo quinto du jour. Bien mis en suerte, il prend trois piques sans grand style, ne poussant pas et sortant seul de la troisième. A la muleta, manso, il ne charge ni à droite ni à gauche. Pepe Moral abrège les débats d’une bonne épée entière et efficace.

Le sixième, bien armé, est le plus léger du lot. Faible, il ne prend que deux piques pas très orthodoxes. Manolo Vanegas le brinde au public. Le Valverde charge par à coup, avec violence. A droite, il faut insister pour le faire partir et à gauche il se retourne vite et ne permet pas grand-chose. Malgré les efforts du torero, la faena va à menos et même le trémendisme ne porte pas sur le public. Silence après deux pinchazos et une entière efficace.

Applaudissements de respect pour l’ensemble des acteurs à leur départ du ruedo après une corrida dont les moments les plus intéressants ont été les premiers tiers.


Fiche technique
Arènes d’Aignan : 26ème corrida de Pâques
Trois toros de Concha y Sierra (1, 2,3) et du Curé de Valverde (4, 5,6) supérieurement présentés mais manquant de fond et de forces pour :

Octavio Chacon : un avis et salut au tiers, une oreille
Pepe Moral : salut au tiers, silence
Manolo Vanegas : une oreille, silence

Dix sept piques, une chute
Cavalerie Bonijol
Ovation au picador Juan Melgar Jimenez au quatrième toro
Président : Guy Tanguy
Belle entrée avec 9/10èmes des gradins occupés
Ciel bleu et soleil

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour