Mugron (02/04/2018 - tarde) : Dorian Canton, examen de passage réussi...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
Mélange de bonheur et de frustration à l’issue de la novillada des Pâques Taurines de Mugron. Très attendus après les sorties à Saint Perdon et à Peralta en 2017, les novillos de la ganaderia navarraise Pincha ont été plutôt décevants.

Loin de la caste entrevue lors des précédentes novilladas, les toros de la famille Baigorri ont été inégaux de présentation aussi bien au plan trapio qu’armures et comportement. La media-casta a dominé. Pas totalement mauvais, pas vraiment bons, ils étaient exigeants car les novilleros ont du batailler pour les maintenir dans le côté éclairé de la Force ou pour les sortir du côté obscur. Mansotes au cheval, ils sont arrivés ni nobles, ni mansos à la muleta d’où des faenas inégales .Seul Dorian Canton a su, au dernier, imposer sa volonté à un bicho qui voulait abandonner le combat en partant aux planches.

El Adoureño est sorti déçu d’une course sur laquelle il comptait beaucoup après son après-midi difficile à Arles. Pas grand-chose à tirer du cinquième totalement décasté. A son premier, malgré de bons passages, la faena de Yannis a été très mal conclue à l’épée. Le torero gersois est resté en dessous des possibilités d’un bicho soso en n’exploitant que la corne droite alors que la gauche était probablement la plus propice au succès.
Carlos Ochoa a fait beaucoup d’efforts, réalisé de bonnes choses mais le manque de qualité de ses opposants à limiter les possibilités de succès.

Le premier novillo, léger et avacado se blesse en tapant dans un burladero. Il est puntillé en piste et remplacé par un exemplaire du même fer. Mieux présenté, le sobrero est tardo dès son entrée en piste. Il pousse lors de la première rencontre au cheval, s’enfuit à la sortie de celle-ci avant de pousser sans conviction à la seconde. Il prend un picotazo à la porte de l’arrastre après avoir chargé le cavalier qui s’apprêtait à sortir. Au début de la faena Carlos Ochoa le ramène au centre de la piste. Le madrilène va s’appliquer pour faire passer un novillo tardo et court de charge. C’est le torero et lui seul, qui donne l’intérêt et transmet un peu d’émotion face à un animal qui ne transmet pas grand-chose. Toréé à la voix, le Pincha ne s’investit que très peu dans les passes arrachées par Ochoa sur l’un et l’autre pitone. Le jeune torero coupe une oreille après avoir tué d’une entière engagée.

Le second typé Marquis de Domecq est bien reçu à la cape par El Adoureño. Bien mis en suerte, il prend une pique et un picotazo sans pousser. Il fait une vuelta de campana après avoir été banderillé. Le toro est noble, limite soso. Yannis l’entreprend sur le piton droit, accroche le public avec des enchaînements de derechazos et de pechos. Il ne vient que plus rarement et pour des séries courtes à gauche où le novillo a des possibilités qui ne sont pas exploitées. Le gersois prolonge trop la faena par des circulaires inversées et entend un premier avis avant de prendre l’épée de muerte. Il aurait probablement coupé une oreille si la mise à mort n’avait pas été laborieuse, le toro ne tombant qu’après le second avis.

Dorian Canton a fait ses débuts en piquée avec le troisième novillo. Il l’accueille par des largas afaroladas de rodillas. Le Pincha, très mal mis en suerte, prend deux picotazos. Il est mis en suerte pour une troisième rencontre mais part alors que le picador fait faire une volte au cheval de Philippe Heyral. Après avoir brindé à Baptiste Cissé, Dorian entame sa faena à genoux puis enchaine par une bonne série à droite où il aguante un toro à la corne gauche menaçante. Le novillero enchainé des séries à droite mais le toro s’investit d’autant moins qu’il est d’autant plus attiré par les tablas. Le béarnais salue au tiers après une demie en avant et quatre descabellos.

Le quatrième est costaud mais a une « vilaine tête ». Mal mis en suerte, il met en difficultés le piquero à la première rencontre et obtient une chute. La seconde rencontre se limite à un picotazo avant une rencontre post sonnerie, la cuadrilla, faible et peu inspiré d’Ochoa, n’ayant pas su le retenir pour laisser le cavalier sortir du ruedo. Après avoir brindé au public, Carlos doit se bagarrer avec un novillo qui prend querencia près des planches. Il réussit à le sortir des tablas pour l’amener au tiers de la piste où il réussit une très bonne série de derechazos. Il entreprend le Pincha ensuite le long des barrières pour étoffer une faena qui va à menos malgré les efforts du torero. Ochoa, visiblement déçu, fait une vuelta après avoir tué de deux pinchazos, une demie en avant et deux descabellos.

Le cinquième est bizco. Il pousse lors d’une bonne première pique puis prend un picotazo. Après un début spectaculaire à la manière de Castella, Yannis entame sa faena par des derechazos. Il se fait accrocher et reprendre au sol. Malgré les efforts du torero, le Pincha, manso décasté, n’offre que très peu d’options et le torero finit par abréger avec quelques difficultés au descabello.

Le dernier est costaud mais est très laidement armé. Bien reçu à la cape par Dorian, il prend une pique trop longue et trop forte. El Santo et Manolo de los Reyes saluent après avoir banderillé. Après un début assis sur l’estribo, Dorian va imposer sa volonté, par de bonnes séries à droite et à gauche, à un toro noble mais sans race. Le novillero est le patron en piste et le Pincha rompt le combat et part dans les planches. Dorian le toréé avec beaucoup d’autorité dans ce terrain et finit d’imposer son leadership au novillo. Il tue d’une entière légèrement tombée mais très rapide d’effet et coupe les deux premières oreilles de sa carrière de novillero avec picador.

L’équipe de CorridaFrance souhaite un prompt rétablissement à Richard Milian victime d’un malaise dans le callejon.


Fiche Technique
Arènes de Mugron, novillada des Pâques Taurines 2018
6 novillos (dont un sobrero sorti en première position en substitution du titulaire blessé peu après sa sortie en piste) très inégaux de présentation et au comportement de media casta pour :

Carlos Ochoa : une oreille, un avis et vuelta
El Adoureño : deux avis et silence, un avis et silence
Dorian Canton  (début en piquée): salut au tiers, deux oreilles

Treize piques, une chute, cavalerie Heyral
Le trophée Lestage, desertio depuis quatre ans, est remis à Dorian Canton
Trois quarts d’arène
Temps couvert, timide apparition du soleil au dernier toro

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour