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Garlin (08/04/2018 - tarde) : un grand lot de Pedraza de Yeltès...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Si la pluie est une condition sine qua non pour voir une très bonne novillada, je veux bien acheter un parapluie. Grâce au travail des bénévoles de Garlin, la course de l’après-midi pourtant compromise par une pluie quasi incessante a pu avoir lieu. Malgré ces conditions météorologiques détestables, les gradins de la placita des Portes du Béarn était quasiment remplis au moment du paseo. Et les présents ont eu raison. La novillada a été de celles qui marquent une temporada grâce à un excellent lot de novillos et des jeunes toreros motivés et talentueux.

On a retrouvé les Pedraza de Yeltès d’antan, ceux qui faisaient vibrer les aficionados du premier au troisième tiers. Très bien présenté, mieux que certains lots de toros et armé, composé d’utreros des différentes lignes généalogiques de la ganaderia (Aldanueva, Baltasar Iban,….), le lot sorti à Garlin s’est positionné en favori pour l’obtention du prix au meilleur encierro de la temporada. Braves ou bagarreurs à la pique, ils ont fait preuve à la muleta d’une noblesse piquante qui donne de l’intérêt et du relief aux faenas.
Face à ces bichos, Angel Jimenez, fin lidiador, a fait preuve à son second, d’une grande toreria. Dorian Canton dont c’était la deuxième piquée a fait preuve d’un sang froid étonnant. Même s’il y a encore quelques points à corriger, ses deux faenas face à des tios encastés et exigeants ont marqué les esprits. Antonio Grande, très courageux et appliqué à son premier est passé à côté du cinquième certes le moins intéressant du lot mais qui offrait des possibilités.

Le premier colorado baisse la tête et répète des les premiers capotazos. Mal piqué à la première rencontre, il désarçonne le cavalier. Il prend une seconde pique de « meilleure facture » en mettant les reins. Marco Leal et Miguelito sont appelés à saluer après un bon tercio de banderilles. Le toro est encasté, charge et répète avec alegria. Angel Jimenez l’entreprend à droite. Il profite de la qualité du novillo pour l’allonger au maximum. Le début de faena est d’un bon niveau mais le torero ne pèse pas assez sur un animal qui ne demande qu’à suivre le leurre. A gauche, le Pedraza est plus complexe et le torero ne trouve pas la clé pour résoudre ce problème. A partir de cette unique série de naturelles, le toro prend le dessus sur le torero et la faena va à menos. Le sévillan tue d’une bonne entière et coupe la première oreille de l’après-midi. L’arrastre est applaudie. De ce novillero, qui n’est plus tout jeune, on peut dire à l’issue de cette première faena « élève doué mais peut mieux faire ».

Le deuxième est plus léger, bien armé. Il est ensellado. Il vient fort et droit sur le capote de Antonio Grande qu’il arrache. Très mal mis en suerte par une cuadrilla dépassée, il pousse longuement sous le fer et finit par provoquer une chute. Le picador de réserve rentre en piste pour remplacer le titulaire et inflige une carioca au Pedraza qui pousse avec moins de conviction qu’à la première. Le bicho est un manso con casta. Il ne se livre pas complètement dans la muleta et envoie des coups de tête. Grande, prudent en début de faena, prend confiance. La troisième série est d’un meilleur niveau que les précédentes même si le novillero se fait accrocher sur une faute d’inattention. Le bicho est compliqué et le torero s’arrime. Antonio manque de recours, de finesse mais pas de courage. Il construit une fin de faena trémendiste, s’exposant et finissant par prendre partiellement le dessus sur son adversaire. Comme beaucoup de ses confrères, Antonio Grande a tendance à trop prolonger les débats et la fin de sa prestation est brouillonne. Il manque de se faire prendre en glissant alors qu’il entre à matar. L’épée entière, légèrement en avant, est rapide d’effet et le novillero coupe lui aussi une oreille.

Le troisième est un pur Aldanueva. Il aura un comportement proche de celui des Pedraza sortis en 2017. Au cheval, il est mis trois fois en suerte. La première pique est excellente, en grande partie grâce au piquero français Laurent Langlois. Les deux suivantes sont plus anecdotiques. A la muleta, le toro fait preuve d’une grande noblesse et se grandit dès que le novillero le fait humilier. Après un début à la manière de Castella, Dorian Canton enchaine, avec vaillance et application, deux séries à droite et une à gauche de bon niveau mais en ne baissant pas assez la main. Il se fait accrocher à la quatrième. Lors des séries suivantes, il fait humilier le novillo et la faena prend une autre dimension car le toro embiste avec beaucoup de classe. Dommage que le béarnais recommence à toréer, en fin de faena, en donnant la sortie vers le haut. Final à émotions par manoletinas serrées, malheureusement la mise à mort est laborieuse et prive le torero de la tierra de trophées.

Le quatrième est un castaño très typé Baltasar Iban. Il prend en poussant une pique trasera et une seconde dans l’épaule rectifiée par le mayoral-piquero Curro Sanchez. Le novillo accuse le coup après ce tercio et montrera par la suite quelques signes de faiblesse amplifiés par une piste devenu glissante. A partir de la troisième série de derechazos, Angel Jimenez s’accorde avec un bicho noble limite soso. Il toréé avec beaucoup de temple, allonge la charge du toro et enchaine les passes sans avoir besoin de se replacer. Après une bonne série à gauche, il reprend la main droite et enchaine une excellente série de derechazos. Le retour à gauche est plus compliqué. La faena est trop longue. Le novillo va à menos et commence à rechercher les tablas. Après un bel adorño par des passes aidées, Angel Jimenez s’engage pour une demi-épée rapide d’effet qui lui permet de couper une nouvelle oreille.

Le cinquième, lui aussi typé Baltasar Iban, prend avec bravoure trois piques poussant à chaque fois et chargeant avec une belle arrancada à la dernière. A la muleta, il est noble et un peu juste de forces. Antonio Grande va passer à côté d’un bicho manquant un peu de fond mais qui ne demandait qu’à être toréé. Le novillero ne trouvera ni sitio, ni distance. La faena est trop longue, le toro se décompose et Grande finit par se faire accrocher. Il salue après une entière basse et légèrement en avant.

En dernier lieu sort un bicho, proche morphologiquement du second, mais au trapio d’un toro de quatre ans. Mal mis en suerte, il prend deux piques carioquées et reste collé au peto de longues minutes. Asier Echaniz Campos et Manolo de los Reyes saluent après avoir posé les banderilles. Le Pedraza en plus de son physique a de la caste. C’est un tio qui ne va pas impressionner Dorian Canton qui le double avec autorité. Le toro a une excellent corne droite dont le béarnais profite pour enchainer des séries vaillantes et dominatrices en particulier la seconde. A gauche le toro vient moins bien. Après une bonne série de derechazos, le torero réduit les terrains ce qui lui permet de finir de conquérir un public tout acquis à sa cause. Le novillo aurait peut-être méritée un ou deux séries « classiques » de plus. Après un pinchazo, Dorian porte avec engagement une belle estocade entière et coupe après avoir descabellé deux oreilles. Il confirme ainsi son succès de Mugron face à deux toros de respect et devrait gagner ainsi la possibilité de rentrer sur un certain nombre de novilladas piquées dans les mois à venir. Il y a chez ce garçon un vrai potentiel qui comme on pouvait s’y attendre se révèle au contact des utreros, à suivre...


Fiche Technique
Arènes de Garlin, novillada de printemps (si on peut parler de printemps avec la météo du jour)
6 novillos de Pedraza de Yeltès, encastés, braves et donnant du jeu pour :

Angel Jimenez : une oreille, une oreille
Antonio Grande : un avis et une oreille, salut au tiers
Dorian Canton : salut au tiers, deux oreilles

Vuelta au troisième novillo
Quatorze (vraies) piques, deux chutes
Cavalerie Bonijol
Salut de Marco Leal et Miguelito au premier et d’Asier Echaniz Campos au sixième
Ovation à Laurent Langlois après le tercio de piques du troisième
Salut du mayoral à l’issue de la course
Prix au meilleur tercio de piques partagé entre Laurent Langlois et Curro Sanchez. Il aurait du être accordé au seul piquero français auteur d’une très belle seconde pique au troisième.
Prix au meilleur novillero attribué à Dorian Canton.
On aurait pu accorder un accessit à Angel Jimenez qui a été omniprésent en tant que chef de lidia.
Sortie à hombros de Jimenez, Canton et d’Ignacio Sanchez (ganadero) et du mayoral à pied faute d’un quatrième porteur.
Météo exécrable, crachin et froidure
Président Franck Lanati
9/10ème d’arènes

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour